Le travail de la contrepartie : quand Aequitaz rapproche le monde universitaire et les personnes concernées
Alliée à Maud Simonet et John Krinsky (respectivement sociologue, directrice de recherche au CNRS et chercheur en sciences politiques au City College of New York) et au Secours catholique, Aequitaz a démarré cet automne un travail de recherche de deux ans, soutenu par la DREES-MIRE et l’Institut National du Travail Social. Voilà le récit des premiers pas d’une recherche qui rapproche les mondes de la recherche universitaire et les savoirs et analyses des personnes directement concernées.
Une recherche collective en non-mixité pour éclairer le vécu et l’analyse des personnes concernées
Dans ce cadre, nous organisons trois sessions de deux journées de travail sur 3 territoires différents, avec des groupes d’une dizaine d’allocataires du RSA qui se sentent concernés par les enjeux du « rendre compte ». Qu’ils s’agissent de chômeurs de longue durée, de personnes avec des problèmes de santé ou de personnes ayant des activités choisies ou subies dans le champ du « hors-emploi » (bénévolat, aidant, parents,…), toutes et tous se retrouvent dans l’idée de prendre la parole sur ce sujet, de raconter à l’aune de leur expérience ce que les contrats d’engagements, les rendez-vous de suivi, les parcours d’accompagnements, les démarches en ligne ont comme impacts dans leur vie. Il s’agit avec elles et eux d’interroger ce que ce travail de la contrepartie, dans toutes ses dimensions psychiques et matérielles, vient transformer dans leurs convictions, leur rapport à l’emploi, leur trajectoire de vie, leur rapport aux institutions et à la société.
Dans un contexte flou où l’effet des 15h s’exerce parfois très concrètement, parfois de manière beaucoup plus vaporeuse dans la relation institutionnelle, qu’ont à dire les personnes qui vivent avec les minimas sociaux de cette montée en puissance de la conditionnalité et des sanctions. Les groupes ont été constitués avec l’aide de nombreux relais associatifs comme locaux dont le Secours catholique.
Une enquête miroir de l’autre côté du guichet
De leur côté, la sociologue Maud Simonet et le politiste John Krinsky vont mener l’enquête de l’autre côté du guichet, auprès des agents de France travail, des travailleurs sociaux des départements ou des entreprises délégataires. Les questions de départ sont les mêmes qu’avec les allocataires. Au travers des observations et des entretiens individuels avec des agents et des responsables de la mise en œuvre de ces nouvelles politiques sur plusieurs territoires, l’enquête prendra une dimension éclairante sur les enjeux actuel du travail social et de l’insertion.
En France, ce que l’on a à apprendre des politiques internationales de « workfare »
En avril 2026 à l’Université de Nanterre, nous avons organisé un colloque avec un large panel de chercheurs internationaux (Suisse, Danemark, UK, USA, Canada), de chercheurs et d’acteurs de la société civile français. Il était important, pour notre équipe de recherche, de démarrer ce parcours d’enquêtes croisées, avec l’analyse faite par des chercheurs étrangers sur des politiques proches de celles menées actuellement en France, mais souvent plus anciennes, donc avec un recul plus grand sur leurs enjeux et leurs effets. Cette journée a permis d’aborder les enjeux de conditionnalité de l’aide sociale d’un point de vue macro-économique, en abordant l’épineuse question d’une protection sociale comme résultat de compromis entre le marché, l’Etat et la famille. Nous avons également pu plonger dans les enjeux du travail social, entre pouvoir et devoir de sanctionner, et des allocataires, entre pouvoir de résistance et devoir d’obéissance. Enfin, nous avons interrogé la dynamique des mobilisations syndicales, politiques et associatives et des oppositions au workfare.
Pour en savoir plus, quelques ressources universitaires tirées du colloque
[nous n'avons pas pu publier d'actes de la journée, mais certaines interventions ont fait l'objet de publication disponibles en ligne ou d'ouvrages connexes aux thématiques abordées lors du colloque. Ces quelques ressources, non-exhaustives, visent à vous encourager à découvrir ces auteurs !]
Intervenant·es internationaux :
Dorte Caswell, Resistance
Morgane Kuheni, Des chômeuses face aux violences administratives en Suisse
John Krinsky, De New York à Madison : Le workfare et la remise en cause du service public
Sylvie Morel, Les logiques de la réciprocité [l'intervention de Sylvie Morel durant le colloque revenait, 25 ans plus tard, sur l'analyse comparée France / USA publiée en 2000]
Jamie Redman, ‘Chatting Shit’ in the Jobcentre : Navigating Workfare Policy at the Street-Level
Nick Theodore, Jamie Peck, Exporting workfare/importing welfare-to-work : Exploring the politics of Third Way policy transfer
Intervenant·es français·es :
Cyprien Avenel, Les enjeux de l'évaluation des expérimentations du revenu de solidarité active
Nicolas Duvoux, Le nouvel âge de la solidarité, pauvreté, précarité, politiques publiques
Florence Ihadaddene, Promesse d'embauche, comment l'Etat met l'espoir des jeunes au travail
Lilian Lahieyte, Le genre de l'assistance. Mères célibataires et travailleuses du social
Contact : Marion Ducasse marion.ducasse@aequitaz.org 06 25 55 57 23 et Célina Witaker celina.whitaker@orange.fr