Les moyens du bord, l'histoire du jeu qui n'en est pas un ..

Que se passe-t-il quand chaque euro est compté, que la fin du mois est encore loin et qu'une dette arrive qu'on ne pourra pas payer : bienvenue dans l'expérience "les moyens du bord"?

Au point de départ ..

Il y a nos histoires de vies et celles de personnes que nous rencontrons. M. qui doit rembourser l'équivalent de 3 mois d'AAH à la CAF parce que son droit s'est arrêté, mais pas les versements. F qui perçoit 300 euros pour un petit boulot, les dépense pour changer ses pneus de voiture usés. Le mois suivant, plusieurs mois plus tard, du fait de ses revenus, son RSA est recalculé, diminué et là , il ne peut plus payer son loyer.

Il y a les discours souvent stigmatisants à la télé ou dans les repas de famille sur les « assistés qui profitent », "ceux qui gagneraient plus que les autres sans travailler"

Il y a le quotidien : sauter un repas, justifier ses droits parfois jusqu’à l’absurde, la peur de la sanction parce qu’on n’a pas pu se rendre à un rendez-vous avec France Travail

Pour rendre compte de ces « il y a », le collectif des Lucioles Drôme a décidé en septembre 2024 de créer un jeu (une expérience immersive) qui donne à voir et comprendre ce que signifie de vivre avec les minima sociaux.

Les travaux de Vivian Labrie ont également inspiré ce projet. En 2004, le Collectif pour un Québec sans Pauvreté (https://www.pauvrete.qc.ca/) crée un jeu de rôle pour faire comprendre par une expérience sensible ce qu’est la vie en situation de pauvreté. Il a été joué par les député·es en novembre 2004, avec l’aide des expert·es en pauvreté pour les accompagner dans leur parcours et tenter de surmonter les obstacles de la vie à l’aide sociale.

Fabrication d'un jeu : mode d'emploi

Nous avons d’abord chacun·e regardé les moments de nos vies où nous étions dans le rouge (ces moments où nous n’avons pas suffisamment de ressources pour couvrir nos besoins), dans l’orange, dans le vert (quand nous sommes « à l’aise » avec les ressources qui sont les nôtres).

Cela nous a permis de saisir ce qui nous faisait basculer dans l’une ou l’autre des situations (les revenus de la protection sociale, la solidarité, les dettes, l’héritage, les emplois stables ou précaires, ...).

Puis nous avons représentés nos revenus en euros en les matérialisant par des kaplas montés en tour.

Il y a parfois eu un peu de gêne quand certain·es découvraient qu’ils·elles étaient plus à l’abri alors que d’autres avaient de petites tours fragiles. Mais ensemble, dans un groupe qui a construit des liens de confiance, c'est la fierté de dénoncer l'insupportable qui a pris le dessus sur la honte.



A partir de ce travail d’exploration, 4 personnages ont été créés avec lesquels on doit traverser 3 mois de leur vies, en devant faire des choix au grès des charges courantes comme des imprévus de la vie, et des exigences des institutions.

Les ressources des joueurs vont évoluer, les tours de kaplas baisser, monter, et les participant·es seront invité·es à évaluer l’impact de chaque évènement sur le moral de leur personnage.

Les illustrations ont été réalisées par Marie dans ma bulle en prenant en  compte les sensibilités de chaque membre du collectif

Premières expériences et premiers apprentissages

Des premiers tests avec des alliées nous ont permis d’apporter quelques modifications avant d’être définitivement prêt.es à faire vivre l’expérience à des responsables d’institutions.

Le 5 juin, nous avons organisé une rencontre avec le service insertion économie du Département de la Drôme et avec la responsable des relations partenariales de France Travail : 45 minutes d’expérience et 45 minutes pour se raconter comment nous avons vécu le moment.

Ce que les premiers joueurs ont retenu

-        Le jeu a une vertu pédagogique, avec la symbolique des tours, il permet tout de suite de repérer les inégalités de revenus, de voir qu’une personne allocataire du RA a des revenus en dessous du seuil de pauvreté.

-        L’expérience démontre aussi la contrainte permanente de tout devoir compter en permanence, quand nos revenus sont aussi faibles.

-        Nous avons aussi été remués par l’expérience. Car elle renvoie à notre quotidien (le vrai) que l’on va retrouver le soir même alors que les « joueurs » ne l’auront que « ressenti » pendant 45 minutes.

-        C’est un très bon outil pour apercevoir des pistes d’amélioration, des nœuds – des ruptures dans les parcours sur lesquelles les institutions pourraient agir pour plus de justice.

Le 14 juin, une rencontre avec des professionnels du secteur social à Grenoble a mis en exergue la « puissance » du jeu sur ce qu’il permet de « révéler » de la réalité de vie des personnes aux minima sociaux.

Ces prochaines semaines, nous allons rencontrer la CAF et la Maison de l’Autonomie pour leur faire vivre l’expérience. On vous racontera !



Pour rejoindre le collectif des Lucioles de la Drôme ou en savoir plus sur le jeu

fabrice.dumas@aequitaz.org

07 82 47 25 20