Deux groupes Lucioles autour des Moyens du Bord, récit d'une expérience inédite !
Deux minibus sur l’autoroute, le long de l’Isère. L’un longe le Massif du Vercors, et l’autre le massif de la Chartreuse, tous deux en direction de Grenoble. On est vendredi 13 février, (et oui, la date a été remarquée) il est 8h30 et deux groupes Lucioles vont se retrouver pour une expérience assez inédite. Dans les minibus, ça parle bon train.
Vient ensuite le temps où l’on arrive sur place, les mains se serrent, on se dit bonjour, on ne se connait pas encore mais on se reconnait. On se compte, on est 20 !
Quelques semaines plutôt, la Savoie avait lancé l’invitation à la Drôme : se retrouver autour des « moyens du bord » le jeu qui n’en est pas un fabriqué par les drômois, pour se former à l’animation ensemble. Ce jeu (qui n’en est toujours pas un) officie comme une expérience immersive, où au grè des semaines, on se glisse dans la peau, dans la tête, dans le portefeuille, dans l’appartement de quelqu’un qui vit aux minima sociaux. L’objectif, en faire un outil de sensibilisation pour celles et ceux qui ne connaissent pas les réalités des vies a minima. Le collectif de Savoie, lui, a bien l’expertise de la pauvreté au quotidien. Mais ce qu’il cherche à faire, c’est sensibiliser bien au-delà, auprès d’institutions savoyardes.
Deux grandes tables sont agencées au centre d’une salle de la Solexine, une bâche est déroulée, les tours de Kaplas montées, les cartes posées, les équipes constituées et les premières règles sont expliquées par Ghislaine. Les yeux sont attirés par les graphismes et la concentration est au max, les équipes s’approprient les cartes personnages, toutes inspirées de vraies histoires du Collectif.
On peut commencer. Les lucioles de Savoie « jouent », les lucioles de la Drôme, entourent, conseillent, expliquent, prennent soin, accompagnent.
A la fin du premier mois, l’équipe de Vincent est à 0 « Y a que moi qui suis plombé là ? ». Pour l’équipe de Rose, au 15 du mois, il reste 40 euros pour faire des courses pour 2 personnes. Sans cesse, nous recomptons, sans cesse nous réfléchissons, nous priorisons, nous renonçons. Il y a des discussions à chaque choix à faire – aller au mariage de son cousin ou rester chez soi ? changer sa gazinière en panne ce mois-ci ou plus tard ? demander un colis alimentaire ? Et puis il y a des conclusions qui font surgir l’angoisse : ne plus rien avoir pour faire des courses dans les 15 prochains jours. Passer dans le rouge à la banque et commencer à s’endetter.
Le temps du débrief arrive. Les lucioles Savoie relèvent le coté réaliste : ils se sont rapidement identifiés aux personnages. Toutes et tous ont ressenti l’angoisse, le stress qui monte au fil des semaines. On parle beaucoup des non-choix que chacun·e fait au fil des semaines et de là où on peut aller dans le non-respect des droits fondamentaux. Et enfin, un dernier constat « plus le jeu avance et moins nous regardions ce qui se passait pour les autres, on était trop concentré à galérer pour compter… ». Personne n’a pu mettre de côté, personne n’était en mesure d’anticiper et tout le monde a été dans un dilemme à un moment donné. Ensuite vient le temps du partage d’expériences sur l’animation du jeu avec des personnes moins concernés. On échange sur les écueils à éviter, les précautions d’animation, les trucs et astuces pour parvenir à changer les regards ou « ouvrir les yeux » sur des réalités difficiles à affronter.
Après un repas partagé, viennent les conclusions de la matinée. . Les Lucioles de la Savoie souhaitent se l’approprier pour l’animer et ainsi le porter à des elu.es en charge des politiques sociales. Les lucioles de la drome repartent avec une expérience d’animation de plus et sont remerciées pour la qualité du jeu, qui n’en est définitivement pas un ! A suivre…