Aperçus de quelques TAZ historiques

Cinquième extrait choisi de Taz : Il est tout simplement faux de stigmatiser les pirates comme de simples brigands des mers ou même des proto-capitalistes, comme l'ont fait certains historiens.

" Nous n'avons aucune envie de définir la TAZ ou d'élaborer des dogmes sur le comment elle doit être créée. Notre affirmation se limite à dire qu'elle a été, qu'elle sera et qu'elle est en création.

 

Il serait alors plus intéressant et utile d'examiner quelques TAZs passées et présentes, et de spéculer sur ses manifestations futures. Abandonnant toute tentative d'encyclopédisme, nous adopterons une technique d'éparpillement, une mosaïque d'aperçus, en commençant tout à fait arbitrairement avec le 16ème-17ème siècle et la colonisation du Nouveau Monde.

 

– (...) Par delà la frontière, l'état de nature (L'absence de l'État) prévalut – et dans la conscience du colon, l'option de l'étendue sauvage était toujours latente, la tentation de laisser tomber l'église, le travail de la ferme, l'instruction, les impôts - tous les fardeaux de la civilisation - et de “partir pour Croatan” d'une manière ou d'une autre. En outre, quand en Angleterre la révolution fut trahie, d'abord par Cromwell, puis par la Restauration, des vagues de Protestants radicaux s'enfuirent ou furent transportés vers le Nouveau Monde (qui était alors devenu une prison, un lieu d'exil) (…)

 

– Sous les administrations plus lâches et plus corrompues des Caraïbes, dans de nombreuses îles désertées ou délaissées (...), nous pouvons étudier en profondeur une proto-TAZ. Fuyant les horribles "avantages" de l'Impérialisme comme l'esclavage, la servitude, le racisme et l'intolérance, les tortures du travail forcé et la mort vivante dans les plantations, les Boucaniers adoptèrent le mode de vie indien, se marièrent avec les Caribéens, acceptèrent les noirs et les espagnols comme égaux, rejetèrent toute nationalité, élirent leurs capitaines démocratiquement, et retournèrent à l'"état de Nature". Après s'être déclarés "en guerre avec le monde entier", ils partirent piller; leurs contrats mutuels, appelés “Articles”, étaient si égalitaires que chaque membre recevait une part pleine, et le capitaine pas plus d'une un quart ou une et demie. La flagellation et les punitions étaient interdits, les querelles étaient réglées par vote ou par duel d'honneur. Il est tout simplement faux de stigmatiser les pirates comme de simples brigands des mers ou même des proto-capitalistes, comme l'ont fait certains historiens. Ils étaient en un sens des "bandits sociaux", bien que leurs communautés de base ne soient pas des sociétés paysannes traditionnelles, mais des "utopies" créées ex nihilo sur des terres inconnues, des enclaves de liberté totale occupant des espaces vides sur la carte. Après la chute de Tortuga, l'idéal boucanier resta vivant tout au long de "l'Age d'Or" de la Piraterie (vers 1660-1720) et aboutit, par exemple, au peuplement de Belize qui avait été fondée par les Boucaniers. Puis, quand la scène se déplaça à Madagascar - une île qui n'avait pas encore été annexée par un pouvoir impérial et qui était gérée seulement par un patchwork de rois natifs ( des chefs) désireux d'alliés pirates - l'Utopie Pirate atteignit sa plus haute forme.

 

– Exemple classique, Nassau aux Bahamas, un village balnéaire de cabanes et de tentes, dédié au vin, aux femmes (et probablement aux garçons aussi, si l'on en juge par ce qu'écrit Birge dans Sodomie et Piraterie), aux chansons (les pirates étaient très amateurs de musique et avaient l'habitude de louer des groupes de musiciens pour des croisières entières), et aux pires excès; il disparut en l'espace d'une nuit lorsque la flotte britannique apparut dans la Baie. Barbe Noire et Calico Jack Rackham et sa bande de femmes-pirates partirent vers des rivages plus sauvages et de pires destins, tandis que d'autres acceptèrent le Pardon et se réformèrent (...).

 

– Au cours du 18ème siècle, l'Amérique du Nord produisit également quelques "communautés tri-raciales isolées", en marge de la société. Les noyaux était toujours constitués d'esclaves et de paysans en fuite, de "criminels" (c.a.d. les très pauvres), de "prostituées" (c.a.d. les femmes blanches mariées à des non-blancs), et de membres des différentes tribus natives. Parfois, dans certains cas, comme chez les Seminoles et les Cherokees, la structure tribale traditionnelle absorba les nouveaux arrivants; en d'autres cas, de nouvelles tribus étaient constituées. La religion était le HooDoo, un mélange d'éléments africains, indigènes et chrétiens. (…) Les Ishmaels pratiquaient la polygamie, ne buvaient jamais d'alcool, gagnaient leur vie comme ménestrels, se mariaient avec des indiens et adoptaient leurs coutumes et étaient si enclins au nomadisme qu'ils construisaient leurs maisons sur des roues (…).

 

– Les "communautés isolées" du 20ème siècle refusent constamment d'être absorbées par la culture dominante, ou par la "sous-culture" noire, au sein de laquelle les sociologues modernes préfèrent les ranger. (...)Il existe dans les sociétés tribales ce que les anthropologistes appellent le mannenbunden : en changeant de forme, en devenant le totem animal (loups garou, chamans jaguar, hommes léopard, sorcières-chat etc), les sociétés totémiques se vouèrent à une identification avec la Nature. Alors même qu'ils sont marginalisés, la Marge acquière une aura magique. Chaque fois qu'un Américain veut être en marge de la société ou revenir à la terre, il "devient indien". Des Hommes des Montagnes au Scouts, le rêve de "devenir indien" coule sous des myriades de fils de l'histoire, de la culture et de la conscience américaine. "