La TAZ, un festival et une pratique du nomadisme psychique
Quatrième extrait choisi de Taz
" Stephen Pearl Andrews proposa, comme image de la société anarchiste, le dîner, où toute structure d'autorité se dissout dans la convivialité et la célébration. (…) Au Moyen Age, près d’un tiers de l'année était laissé aux jours fériés. Peut être les luttes contre la réforme du calendrier ont moins tenu à la perte des “onze jours” qu'à l'idée que la science conspirait à la disparition de ces espaces, où s'était accumulée la liberté du peuple – un coup d'état, un formatage de l'année, une saisie du temps lui même, transformant le cosmos organique en un univers réglé comme une montre. La mort du festival. Ceux qui participent à l'insurrection notent invariablement son caractère festif, même au beau milieu de la lutte armée, du danger et du risque. (…) Nous disposons, d'une part de l'éventail du "refus" (mentionné par les situationistes John Zerzan, Bob Black etc) et de l'émergence d'une culture de la fête, à l'écart et même cachée des organisateurs auto-proclamés de nos loisirs.
Se battre pour le droit à la fête n'est pas en fait une parodie de la lutte radicale, mais une nouvelle manifestation de celle-ci. (...) La spontanéité est un élément crucial. L'essence de la fête c'est le face à face : un groupe d'humains mettent en synergie leurs efforts pour réaliser leurs désirs mutuels - bien manger, trinquer, danser, converser – les arts de la vie; peut être même le plaisir érotique, ou la création d'une oeuvre commune, ou pour atteindre la béatitude même.
Le concept de nomadisme psychique est vital dans la formation de TAZ. Certains aspects de ce phénomène ont été discutés par Deleuze et Guattari dans Nomadologie et guerre des machines, par Lyotard dans Driftworks. Nous préférons ici le terme de "nomadisme psychique" à ceux de "nomadisme urbain" simplement pour pouvoir relier toutes ces notions en un seul complexe flou, à étudier à la lumière de l’émergence de la TAZ. (…) Le nomadisme psychique en tant que tactique pour déstabiliser le système. Ces nomades adeptes de la razzia, sont des corsaires, des virus; ils ont à la fois besoin et désir desTAZs, de campements de tentes noires sous les étoiles du désert, d’interzones, d'oasis fortifiées cachées le long des routes secrètes des caravanes, de morceaux de jungle “libérés”, de lieux où l'on ne va pas, de marchés noirs et de bazars underground.