La TAZ, une insurrection sans engagement direct contre l'Etat

Deuxième extrait choisi de Taz : Je n'ai pas abandonné l'espoir ou même l'attente d'un changement - mais je me méfie du mot Révolution

" Qu'en est-il alors du rêve anarchiste, de l'état sans État, la Commune, la zone autonome qui dure, une libre société, une libre culture ? Allons-nous abandonner cet espoir pour un quelconque acte gratuit existentialiste ? Le propos n'est pas de changer la conscience mais de changer le monde.

 

J'accepte cette juste critique. Je ferai cependant deux commentaires : premièrement, la révolution n’a jamais abouti à la réalisation de ce rêve. La vision naît au moment du soulèvement - mais aussitôt que "la Révolution" triomphe et que l'Etat revient, le rêve et l'idéal sont déjà trahis. Je n'ai pas abandonné l'espoir ou même l'attente d'un changement - mais je me méfie du mot Révolution. Deuxièmement, même si l'on remplace l’approche révolutionnaire par un concept d'insurrection s'épanouissant spontanément en culture anarchiste, notre situation historique particulière n'est pas propice à une si vaste entreprise. Un choc frontal avec l'Etat (…) ne produirait absolument rien, si ce n'est des martyres futiles.

 

Bref, je ne propose pas la TAZ comme une fin exclusive en soi, qui remplacerait toutes les autres formes d'organisation, de tactiques et d'objectifs. Nous la recommandons parce qu'elle peut amener la qualité d'amélioration propre au soulèvement sans nécessairement mener à la violence et au martyre. La TAZ est comme une insurrection sans engagement direct contre l'Etat, une opération de guérilla qui libère une zone (de terrain, de temps, d'imagination) puis se dissout, avant que l'Etat ne l'écrase, pour se reformer ailleurs dans le temps ou l’espace. La TAZ peut "occuper" ces zones clandestinement et poursuivre en paix relative ses objectifs festifs pendant un certain temps. Certaines petites TAZ ont peut être duré des vies entières, parce qu'elles passaient inaperçues, comme des enclaves montagnardes (...).

 

Initier une TAZ peut impliquer des tactiques de violence et de défense, mais sa plus grande force réside dans son invisibilité. Dès que la TAZ est nommée (représentée, médiatisée), elle doit disparaître, elle disparaîtra, laissant derrière elle une coquille vide, pour ressurgir ailleurs (…) La TAZ est un campement de la guerilla : frappez et fuyez. "