La TAZ, une redécouverte de la bande

Troisième extrait choisi de Taz : Une contre-stratégie évidente émerge spontanément : la redécouverte quasi inconsciente de la bande, plus archaïque et cependant plus post-industrielle.

" La deuxième force génératrice de la TAZ provient d'un développement historique que j'appelle "la fermeture de la carte". La dernière parcelle de Terre n'appartenant à aucun état-nation, fut absorbée en 1899. Notre siècle est le premier sans terra incognita, sans une frontière. La nationalité est le principe suprême qui gouverne le monde - pas un récif des mers du Sud, pas une vallée lointaine, pas même la lune et les planètes, ne peut être laissé ouvert. Pas un seul centimètre carré sur Terre qui ne soit taxé et policé…

 

Et si la carte est close, la zone autonome est ouverte. (…) Nous recherchons des "espaces" (géographique, social, culturel, imaginaire) capables de s'épanouir en zones autonomes - et des espaces-temps durant lesquels ces espaces sont relativement ouverts, soit du fait de la négligence de l'Etat, soit qu'ils aient échappé aux arpenteurs ou pour toute autre raison. Cependant la clôture de la Révolution et de la carte du monde sont seulement les sources négatives de la TAZ. Il reste beaucoup à dire des inspirations positives. La réaction seule ne peut pas fournir l'énergie requise pour qu'une TAZ se "manifeste". Le soulèvement doit aussi être pour quelque chose.

 

La famille nucléaire est l'unité de base de la société de consensus, mais pas celle de la TAZ. ("Familles! - comme je les déteste ! Les radins d'amour !" - Gide). La famille nucléaire a été une invention Néolithique. Le modèle Paléolithique est à la fois plus primaire et plus radical : la bande. La bande typique de chasseurs/cueilleurs, nomadique ou semi-nomadique, compte environ 50 individus. Dans les sociétés tribales plus importantes, la structure de la bande se manifeste par des clans à l'intérieur de la tribu. La famille est fermée, par la génétique, par la possession par l'homme de la femme et des enfants. La bande est ouverte - pas à tous, bien sûr, mais au groupe d'affinité, aux initiés voués au contrat de l'amour. La bande n'appartient pas à une hiérarchie plus grande, mais fait plutôt partie d'une structure horizontale de coutumes, d'alliance et de contrat, d'affinités spirituelles etc. La “bande” aujourd'hui inclut les amis, les ex-conjoints et amants, les gens rencontrés dans les différents boulots et fêtes, des groupes d'affinité, des réseaux d'intérêts spécialisés, réseaux de correspondance, etc. La famille nucléaire devient de façon de plus en plus évidente un piège, un gouffre culturel. Une contre-stratégie évidente émerge spontanément : la redécouverte quasi inconsciente de la bande, plus archaïque et cependant plus post-industrielle."