Nous constatons que trop souvent le dispositif RSA représente une source d’incertitude, de peur et de découragement pour ses bénéficiaires. Nombreux [2] sont ceux qui nous disent leur préoccupation de « rester dans les clous » et leur crainte de se retrouver sans un sou s’ils n’y parvenaient pas. Bien souvent, ils finissent par s’éloigner des institutions et s’isolent. La pression mise sur les personnes pour qu’elles retrouvent le plus rapidement possible un emploi, quelles qu’en soient les conditions (qualité de l’emploi, mobilité, contraintes de santé, inadéquation avec leurs motivations ou compétences etc…) est contreproductive tant pour les personnes que pour les pouvoirs publics.
Nous constatons que le CER (contrat d’engagements réciproques) est trop souvent un contrat imposé (dans son contenu) au bénéficiaire et le fruit d’un jeu de dupes. Si théoriquement le CER est « un contrat librement débattu énumérant les engagements réciproques en matière d’insertion sociale ou professionnelle »[3], il est trop souvent signé sous la pression, sans alliance et réflexion préalable suffisante, et ceci malgré la bonne volonté des référents RSA. « Tout se passe comme un jeu de rôles dans un théâtre où l’on obligerait les allocataires à singer la recherche frénétique d’emploi alors qu’il n’y a pas d’emplois – ou du moins d’emplois dignes de ce nom. En l’absence d’emplois, la mécanique des droits et devoirs, même mise en œuvre de la façon la plus humaine possible, peut se transformer en instrument de torture morale » écrivent les chercheurs Dominique Meda et Bernard Gomel [4]. C’est, malgré la bonne volonté de son référent RSA et son envie de « bien faire », que L. a réalisé, au troisième jour de sa formation, que celle-ci n’était pas faite pour elle et qu’elle n’y arriverait pas. Etait-ce une raison suffisante pour la convoquer devant ce qu’elle appela un « conseil de discipline » – une équipe pluridisciplinaire en fait – et lui couper, même provisoirement, les seules ressources qui lui permettent de payer le loyer du logement qu’elle occupe avec sa fille de quinze ans ?
Nous contestons une application rigoriste de la loi, notamment le second critère [5] de l’article L. 262-37 permettant la radiation ou la suspension qui précise que celle-ci peut intervenir si « sans motif légitime, les engagements inscrits dans le projet personnalisé d’accès à l’emploi (PPAE) ou le contrat d’engagements réciproques (CER) ne sont pas respectés par le bénéficiaire ».
Nous proposons de participer à sortir du jeu de dupes et à trouver des solutions durables pour permettre à des bénéficiaires du RSA de s’inscrire dans un parcours choisi et à sortir de la pauvreté. Nous souhaitons contribuer à « renforcer la place des personnes, prendre en compte leurs savoirs » [6] et développer des espaces collectifs d’entraide entre pairs.
Les 4 actions que nous voulons mettre en œuvre dans les prochains mois sont :
1. Publier un petit guide permettant aux bénéficiaires du RSA d’être plus à même de débattre librement des termes de leur contrat et de renforcer leur alliance avec les personnes en charge de les accompagner.
2. Rendre effective la possibilité, prévue par la loi, de se faire accompagner lors des équipes pluridisciplinaires, à travers la mise en place d’un réseau d’accompagnant(e)s des personne convoquées dans cette instance de régulation et de sanction. Les accompagnant(e)s seront formés juridiquement mais aussi en terme de stratégies d’accompagnement afin d’instaurer lors des équipes pluridisciplinaires des conditions équitables de discussion et, in fine, de restaurer un lien de confiance entre les bénéficiaires du RSA et les institutions. Une information sera diffusée largement concernant l’existence de ce réseau et de notre collectif en octobre 2019.
3. Contribuer, si le Département le souhaite, à la formation des bénéficiaires de représentant du RSA ou de candidats à cette fonction, en les accueillant lors de nos temps de co-formation ou de regroupement7.
4. Mettre en place des liens de coopération avec le Collectif pour une protection sociale solidaire (auquel contribue AequitaZ, mais aussi le Secours Catholique, la Fédération des centres sociaux de France et le Réseau des Accorderies de France) ou d’autres collectifs mobilisés dans l’appui des personnes vivant la précarité en France et en Europe.
Aidez-nous à faire grandir la justice sociale et à lutter contre la pauvreté dans notre Département. Rejoignez-nous !
Le collectif de la Huppe
Valence, 25 juin 2019