Écouter les injustices alimentaires

Cet atelier vise deux objectifs : renforcer l'écoute des personnes concernées par les injustices alimentaires et permettre l'innovation de dispositifs pensés avec eux.

Injustices alimentaires : de quoi parle-t-on ?

Ce sont les situations vécues par des personnes qui vivent en insécurité alimentaire. " La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active" (Définition du Sommet mondial de l’alimentation, 1996).

La justice alimentaire[1] c'est ouvrir le droit à chacun d’avoir accès à une nourriture de qualité, mais aussi de pouvoir choisir son alimentation et contribuer en tant que citoyen à faire évoluer nos système agricoles et alimentaires. C'est rechercher un partage équitable des ressources alimentaires de qualité, mais aussi des choix et du pouvoir politique. On peut associer la notion d'injustice alimentaire avec celle de violences alimentaires.

Les différentes injustices alimentaires

Nous avons identifié 4 grandes catégories d'injustices alimentaires[2] :

          1/ La faim ou la privation de nourriture ;

          2/ L'absence de choix en fonction du lieu où l'on habite, de son niveau de revenus, du réseau familial, amical ou associatif ;

          3/ L'exposition aux conséquences sanitaires d'une alimentation qui n'est parfois          bonne ni pour notre santé, ni pour l'environnement (biodiversité, usage des sols,       impacts climatiques...) ;

          4/ La situation économique et morale de beaucoup de paysan.nes

 

Suivant les territoires, ces injustices peuvent être présentes ou non, plus ou moins fortes.

Nous proposons pour l'animation de cet atelier un jeu de cartes avec les "grandes injustices alimentaires" déjà repérées dans le réseau et des cartes blanches pour permettre aux participants d'ajouter des injustices ou de les décrire avec leurs propres mots...

Objectifs de l'atelier


(1h20, soit 80') :

1. Écouter et partager les injustices alimentaires vécues ou constatées dans nos territoires

2. Identifier les réponses "déjà là", celles que peut apporter notre épicerie solidaire mais aussi celles mises en œuvre par d'autres acteurs du territoire (associations, collectivité locale...)

3. Rêver de changements dans l'organisation ou les activités de l'épicerie qui pourraient permettre de mieux écouter et répondre, même partiellement, à une ou plusieurs injustices alimentaires

Conditions matérielles :

- 1, 2 (ou 3) animateurs, en fonction de la taille du groupe

- Un cercle de chaises (12 à 20 participants ?)

- Des cartes injustices (imprimées sur des feuilles A4)

- Un paperboard et des feutres

- Des post-it vert et oranges

Étapes :

1. Poser les objectifs (ci-dessus) et les règles du jeu de l'atelier (5') :

- On a besoin de la contribution de chacun, donc on partage la parole équitablement ;

- « Attention, zone sensible ! ». L’alimentation touche à toutes les facettes de nos vies, il est donc possible que des vécus intimes et difficiles soient exprimés. Si vous avez besoin de faire une pause, n’hésitez pas. Si vous avez besoin de soutien, n’hésitez pas. Tous les vécus sont légitimes : on ne formule pas de jugement.

2. Présentation des différentes "cartes injustices alimentaires" (10') :

Attention : On peut prendre une ou deux questions de compréhension, mais l'idée est d'abord de discuter des injustices alimentaires en petits groupes alors ce n'est qu'une présentation par un animateur·trice, sans débats.

Soit on affiche sur un grand mur les différentes cartes imprimées (conseillé pour un grand groupe), soit l'animateur·trice les disposent autour de lui au centre du cercle.

9 cartes proposées (+ 2 feuilles blanches)

-> "Je n'ai pas assez de sous... L'alimentation est trop chère !" ; "Je ne mange pas bien, ou pas assez... pour que mes enfants puissent manger"

-> "Je ne peux pas choisir mon alimentation, car j'ai trop peu d'argent ou je n'habite pas le bon quartier / le bon territoire" ; "Il n'y a que des hard discount dans mon quartier"

-> "Aller chercher un colis alimentaire, c'est humiliant. Heureusement que les bénévoles sont là, mais l'aide alimentaire ça ne va pas !" ; "Ça me prends 4h00 pour aller à l'aide alimentaire"

-> "Bien manger, ça demande du temps pour faire les courses, et du matériel pour faire la cuisine... Je n'y arrive pas, c'est trop de charge mentale alors je vais au plus simple !"

-> "Manger tout seul·e, c'est triste... On a besoin de lieux collectifs pour manger, le restaurant ça ne doit pas être réserver aux riches !" ; "Avant, j'invitais du monde, désormais je ne peux plus..."

-> "On subit une alimentation qui n'est pas bonne pour notre santé, trop sucrée, trop grasse, trop transformée... (diabète, obésité)"

-> "On produit une alimentation qui tue les oiseaux (pesticide) et qui fait subir une trop forte pression sur l'environnement"

-> "Le bio, ce n'est pas pour moi" (la fracture entre les bobo-écolo et les autres)

-> "Ce sont ceux qui produisent le mieux qui vivent le moins bien (les conditions de vie des petits paysans)"

-> Feuille blanche n°1

-> Feuille blanche n°2

3. Par groupes de 3 personnes, chacun va identifier des injustices alimentaires qu'il vit ou qu'il observe dans son territoire, puis les réponses "déjà là" pour lutter contre  (20') :

-> Post-it vert : Nos histoires (vécues ou témoignages)

-> Post-it orange : Les réponses "déjà là" sur le territoire (pas uniquement de l'épicerie)

4. Restitution des injustices alimentaires et des réponses "déjà là", tous ensemble (30') :

Soit

-> chacun va déposer les post-it verts sur les "cartes injustices", éventuellement sur les feuilles blanches s'ils ne peuvent pas les classer dans les injustices décrites

Soit

-> L'animateur collecte les post-it et les place sur les "cartes injustices" ou les feuilles blanches en y inscrivant une brève description de la nouvelle catégorie.

L'animateur·trice est vigilant à "protéger" la parole de celui qui s'exprime, on ne juge pas ni commente les histoires des autres. Quand chacun a pu poser ses histoires et les réponses "déjà là" identifiées, il est possible de faire une lecture collective des principales injustices et de la richesse / l'insuffisance des "déjà là".

5. Pour aller plus loin (si on en a le temps)

Un tour de chaise, chacun·e ayant un tour de parole (possible de passer son tour explicitement) avec la question :

Que pourrait-on faire dans nos épiceries pour être plus à l'écoute des injustices alimentaires ou contribuer à y répondre de façon plus importante ?(15')

1 La justice alimentaire est présente quand nous pouvons « assurer que les bénéfices et les risques relatifs aux lieux, à la nature et à la façon dont la nourriture est cultivée et produite, transportée et distribuée, à laquelle on accède et que l’on mange, soient partagés équitablement » (Définition de la justice alimentaire par Robert Gottlieb et Anupama Joshi, Food Justice, 2010, MIT Press).

 2 https://aequitaz.org/media/site/d54e0c9327-1752661113/anapol-alim-2023-az_vdif.pdf

 

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