L'oiseau de liberté
Un conte de Jalâleddin Mowlavi Rûmi, une figure du soufisme qui a vécu au XIIIème siècle dans ce qui est aujourd'hui la Turquie mais qui était autrefois la Perse. Nous l'avons rencontré dans un livre, en organisant une université d'été à l'Union Régionale des centres sociaux sur le thème de la liberté. Depuis, il ne nous a plus quitté...
C'était dans des temps anciens, dans le lointain pays qu'on appelait autrefois la Perse, un commerçant de Bagdad annonce à sa famille qu'il va voyager en Inde. La veille de son départ, il demande à chacun ce s'il souhaiterait un cadeau. Sa femme lui demande une robe. Sa fille une flûte. Son fils un arc. Mais le commerçant disposait également d'un oiseau magnifique, aux mille couleurs. Celui-ci demanda alors :
- Et moi ? Pourrais-je avoir un cadeau ?
- Oui, naturellement.
- Je voudrais ma liberté.
- Non ce n'est pas possible. Demandes-moi autre chose.
- Alors, lorsque tu iras en Inde, tu vas traverser ma forêt natale où tu verras des oiseaux qui me ressemblent. Pourrais-tu leur annoncer à mes frères et soeurs que je vis désormais ici. Dis leur comment je vis, là où je me trouve. Dis leur que je pense à eux et que je les salue.
- D'accord.
Et le commerçant s'en alla. Il acheta de quoi contenter sa famille. Puis il se rendit dans la-dite forêt où il vit des oiseaux qui ressemblaient au sien. Il les interpella :
- Bonjour. Je viens de Bagdad. J'ai dans ma maison un oiseau qui vous ressemble. Il vit chez moi dans sa cage. Il dispose de tout. Il va bien. Il pense à vous et vous salue.
Soudain, un oiseau se met à trembler et tombe par terre du haut de l'arbre. Comme mort. Le marchand se dit que ce devait être le choc de la nouvelle. Puis, il rentra chez lui. Il distribua ses cadeaux. Le perroquet lui demanda :
- Et moi ? As-tu transmis mon message ?
- Oui mais je suis désolé, commença à se lamenter le marchand
- Que s'est-il passé ? Insista l'oiseau. D'où te vient ce chagrin ?
- Eh bien, quand j'ai transmis ton message, l'un des oiseaux qui te ressemble s'est mis à trembler et est subitement tombé à terre sans vie. Je suis désolé. Je pense que c'est la terrible nouvelle qui lui a fait cela.
A cet instant, l'oiseau se mit à trembler et tomba inanimé dans sa cage. Le commerçant s'écria :
- Oh nooon ! Ô mon ami ! Que s'est-il passé ?
Et il se lamenta longuement. Il prit l'oiseau entre ses mains et s'en alla dans le jardin pour l'enterrer. Alors qu'il venait de sortir, pffrrt, l'oiseau s'envola soudain sur une branche. Etonné, le commerçant lui demanda :
- Que fais-tu ? Pourquoi cette comédie ? Reviens dans ta cage. Nous avons besoin de toi
- Cet oiseau que tu as vu en Inde m'a montré comment sortir de ma prison. Par son exemple, il m'a indiqué la voie. Adieu mon maître. Je m'en vais.
Une seconde histoire d’oiseau, de plainte et de liberté
Un homme acheta un rossignol qui possédait une voix exceptionnelle. Il le mit dans une cage où l'oiseau ne manquait de rien et chantait des heures durant. Un jour où la cage avait été transporté sur un balcon, un autre oiseau s'approcha, dit quelque chose au rossignol, puis s'envola. A partir de ce moment, le rossignol resta silencieux.
L'homme transporta son oiseau chez un sage qui connaissait le langage des oiseaux. Le rossignol, qui reconnut en lui un allié lui dit :
- Autrefois, je vivais en liberté, dans la nature. Puis on m'attrapa, on me vendit au marché, on me mit dans la cage de cet homme que tu vois là. Je me suis mis à me lamenter, jour et nuit, mais cet homme prenait mes lamentations pour des chants. Un jour un oiseau est venu me dire : « cesse donc de pleurer, car c'est à cause de tes lamentations que l'on te garde dans cette cage ! ». Depuis et jusqu'à nouvel ordre, je reste silencieux.
Le sage traduisit à l'homme les propos du rossignol.
Celui-ci se dit : « à quoi bon garder un rossignol s'il ne chante pas ? » et libéra l'oiseau.