La parabole des aveugles et de l'éléphant
C'est une des histoires les plus importantes du Jaïnisme, une religion proche du bouddhisme. Les philosophes jaïns estiment que l'appréhension de la réalité ne peut être faite en formulant uniquement des déclarations simplistes et catégoriques. La réalité étant complexe, aucune affirmation simple ne peut l'exprimer totalement et seuls des points de vue multiples permettent de la cerner.
L'anekantavada vise à harmoniser et synthétiser les points de vue individuels dans un énoncé d'ensemble : comme la musique, il mêle des notes discordantes pour atteindre ce qui est véritable. Ces adeptes doivent donc adopter une attitude de tolérance et de non violence (ahimsa) car la vérité n'est le monopole de personne.
« Six hommes, en Inde, très enclins à parfaire leurs connaissances, allèrent voir un éléphant (bien que tous fussent aveugles) afin que chacun, en l'observant, puisse satisfaire sa curiosité.
Le premier s'approcha de l'éléphant et perdant pied, alla buter contre son flanc large et robuste. Il s'exclama aussitôt : « Mon Dieu ! Mais l'éléphant ressemble beaucoup à un mur ! ».
Le second, palpant une défense, s'écria : « Ho ! qu'est-ce que cet objet si rond, si lisse et si pointu? Il ne fait aucun doute que cet éléphant extraordinaire ressemble beaucoup à une lance ! ».
Le troisième s'avança vers l'éléphant et, saisissant par inadvertance la trompe qui se tortillait, s'écria sans hésitation : « Je vois que l'éléphant ressemble beaucoup à un serpent ! ».
Le quatrième, de sa main fébrile, se mit à palper le genou. « De toute évidence, dit-il, cet animal fabuleux ressemble à un arbre ! ».
Le cinquième toucha par hasard à l'oreille et dit : « Même le plus aveugle des hommes peut dire à quoi ressemble le plus l'éléphant ; nul ne peut me prouver le contraire, ce magnifique éléphant ressemble à un éventail ! ».
Le sixième commença tout juste à tâter l'animal, la queue qui se balançait lui tomba dans la main. « Je vois, dit-il, que l'éléphant ressemble beaucoup à une corde ! ».
Ainsi, ces hommes d'Inde discutèrent longuement sur le sort d'un éléphant qu'aucun d'eux n'avaient vu, chacun faisant valoir son opinion avec force et fermeté. Même si chacun avait partiellement raison, tous étaient dans l'erreur »
Définir collectivement un problème
Souvent les groupes ont des difficultés à passer d'un sujet qui les a réunis (le mal logement, le manque de travail, les conflits dans l'espace public, la difficulté d'être parent, etc...) à la définition d'un problème précis. Ils oscillent entre une définition trop générale (et large) et la présentation de cas particuliers. Cet outil vise à aider les groupes à définir un problème concret, actuel, avec leurs mots et inscrits dans un contexte précis. Bref, un problème sur lequel on peut agir !
1. Raconter la parabole des éléphants. Soit sous forme de conte (sans papier), soit en la lisant.
2. Distribuer aux participants les pièces de l'éléphant (9 sur 10, gardez avec vous la défense de l'éléphant). Chacun va être amené (individuellement ou en petits groupes) à poser des mots précis (concrets et actuels) sur le problème.
3. Chacun vient poser sur la table, sa pièce du puzzle, en énonçant ce qui est le problème pour lui. Au fur et à mesure, l'animateur va noter sur paper-board les mots, en identifiant les points de convergences et les points de divergences de deux couleurs différentes.
4. Avant de demander au groupe de trancher, on fait l'exercice d'essayer de reconstituer l'éléphant dans son ensemble. Il manque la défense ! Vous l'avez gardé avec vous, pour permettre de poser au groupe une dernière question : Est-ce que le problème serait défini de la même façon par les personnes concernées ? Parfois, des habitants veulent résoudre les problèmes d'autres habitants A LEUR PLACE, ou des parents les problèmes de leurs enfants. Vous notez d'une troisième couleur les réactions du groupe. Vous pouvez placer la défense à sa place.
5. Les désaccords sont tranchés par le mode de décision de votre choix : délibération et recherche du consensus, argumentation et vote... L'exercice est terminé quand vous obtenez une formulation du problème courte, compréhensible par tous (même s'il subsiste des désaccords), inscrite sur le paper-board.
6. Le plus dur est fait, vous pouvez passer à l'analyse du contexte et la recherche de solutions !