Retrouver un boulot est-il le moyen de sortir de la pauvreté ?

Si l’emploi améliore les revenus par rapport aux seules aides sociales, l’emploi n’est pas aujourd’hui une garantie de sortie de la pauvreté.

« Mon salaire tourne autour de 1000€ par mois. Je commence à 7h15 avec une grand-mère de 98 ans, ensuite j’emmène quelqu’un faire ses courses ? Je retourne chez la dame pour le déjeuner pour lui donner à mange. Je grignote dans ma voiture sur le trajet car je dois emmener une autre personne faire ses courses. Après j’ai un creux et je dois coucher quelqu’un ? Je ne serai chez moi qu’à 20 heures. »

« Si j’arrête de travailler à 62 ans (âge légal du départ à la retraire) j’aurai 270€ de retraite, c’est même pas assez pour payer un loyer ».

Source Reportage Arte « Pauvre malgré le job, la souffrance des classes moyennes. » Janvier 2023

« La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler ». [Emmanuel Macron le 4 mai 2017 face a des militant CGT]. Cette affirmation laisse entendre que travailler permet d’accéder à un niveau de revenu décent. Or, c’est un peu plus d’un million de travailleurs qui vivent avec moins de 918 euros par mois selon les données 2019 de l’Insee. Avoir un emploi ne protège pas de la pauvreté, notamment pour ceux qui travaillent à temps partiel ou alternent des périodes de travail précaire et de chômage. Si on fixe le seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian (soit 1 102 euros par mois), on en compte 2,1 millions. Cela représente 8% des gens qui ont une activité professionnelle.

Le phénomène est aggravé pour les femmes. Selon un rapport d’OXFAM, entre 2006 et 2017, la part de femmes en activité professionnelle et pauvres est passée de 5,6 % à 7,3 %. Les mères de famille monoparentale sont particulièrement touchées par ce phénomène : parmi celles qui travaillent, plus d’un quart vivent sous le seuil de pauvreté, soit un million de femmes.

On parle aujourd’hui d’un halo du chômage, qui montre que les frontières entre le monde du travail et le monde du chômage sont devenues très poreuses, du fait des emplois précaires (interim, CDD, vacations, auto-entreprenariat) et du faible niveau de revenu de certains métiers. Par exemple, parmi les personnes au RSA, 16% travaillent, mais avec un niveau de revenu insuffisant, le RSA venant comme un complément de revenu.

Pour aller plus loin :

Article de l’observatoire des inégalités mai 2022 : Un million de travailleurs pauvres en France

Rapport OXFAM 2018 : « Pauvreté au travail : les femmes en première ligne »

Reportage vidéo Arte « Pauvre malgré le job, la souffrance des classes moyennes. » Janvier 2023

Film Debout les femmes, de Gilles Perret et François Ruffin sur le manque de reconnaissance dans les métiers du lien (bande annonce)

Tribune publiée par Nicolas Duvoux dans Le Monde sur le monde du travail et des prestations sociales, le 14 septembre 2022