Un concept flou, une fantaisie poétique

Premier extrait choisi de Taz : Si l'expression devenait courante, elle serait comprise sans difficulté... comprise dans l'action.

« Les pirates et les corsaires des mers du 18 ème siècle créèrent un "réseau d'information" à l'échelle du globe : primitif et conçu surtout pour le business, le réseau fonctionna néanmoins admirablement. Il était parsemé d'îles et de caches éloignées où les bateaux pouvaient s’approvisionner en eau et nourriture, et échanger le butin contre des produits de luxe ou de nécessité. Certaines de ces îles hébergeaient des "communautés intentionnelles", de micro-sociétés vivant sciemment hors la loi et déterminées à le rester, même si ce n'était que pour une courte, mais joyeuse vie.

 

J'appelle ces colonies des "Utopies Pirates". Récemment Bruce Sterling, un des chefs de file de la littérature Cyberpunk, a publié un roman situé dans un futur proche. Il est fondé sur l'hypothèse que le déclin des systèmes politiques mènera à une prolifération décentralisée d'expérimentation de modes de vie : méga-entreprises aux mains des ouvriers, enclaves indépendantes spécialisées dans le piratage de données, enclaves socio-démocrates vertes, enclaves Zéro-travail, zones anarchistes libérées etc. (…)

 

Finies les îles pirates ! A l'avenir cette même technologie - libérée de tout contrôle politique - permet d'envisager un monde entier fait de zones autonomes. Sommes-nous, nous qui vivons dans le présent, condamnés à ne jamais vivre l'autonomie, à ne jamais être, pour un moment, sur une parcelle de terre dont la seule loi soit la liberté ? Sommes nous réduits à la nostalgie du passé ou du futur ? Devrons nous attendre que le monde entier soit libéré du joug politique, pour qu'un seul d'entre nous puisse revendiquer de connaître la liberté ? (…) Dire " je ne serais pas libre tant que tous les humains ne seront pas libres" équivaut simplement à se terrer dans une espèce de nirvana-stupeur, à abdiquer notre humanité, à nous définir comme des perdants.

 

Je crois qu'en extrapolant à partir d'histoires d'îles, nous mettrons en évidence qu'un certain type d'"enclave libre" est non seulement possible à notre époque, mais qu'elle existe déjà. Toutes mes recherches et mes spéculations se sont cristallisées autour du concept de "zones autonomes temporaires " (en abrégé TAZ). En dépit de sa force synthétisante sur ma propre pensée, qu'on n'y voit pas plus qu'un essai (une tentative), une suggestion, presque une fantaisie poétique. Je n'ai pas envie de construire un dogme politique, c'est pourquoi je me suis délibérément interdit de définir la TAZ. Je tourne autour du sujet en lançant des sondes exploratoires. La TAZ, en fin de compte, est presque autoexplicite. Si l'expression devenait courante, elle serait comprise sans difficulté... comprise dans l'action.